Un animal mystérieux dans les montagnes de Morin-Heights - Une histoire unique pour Morin-Heights

Par Cynthia Lisa Dubé,

inspirée des citoyens rencontrés le samedi 24 juillet 2021



On surnomme Morin-Heights la capitale du ski de fond, mais en plein été, les pistes sont envahies par les cyclistes. Aujourd’hui est une journée idéale pour faire du vélo de montagne. Il fait soleil et une douce brise rafraîchit les cyclistes.

Après avoir mangé un sandwich chez Mickey’s et bu un smoothie aux petits fruits, Félix se sent d’attaque pour le labyrinthe au parc Balser. Il ne lui suffit pas d’être le meilleur au soccer, il veut exceller en vélo de montagne également. Il espère être suffisamment rapide et alerte pour voir l’animal mystérieux dont parlait une femme blonde au café. Elle avait un étui à violon à côté d’elle et elle riait comme une gamine, jetant des regards amoureux à l’homme au chapeau de cowboy assis devant elle. Et l’homme n’arrêtait pas de l’appeler Merveille : «C’est incroyable, Merveille, quelle histoire! Oui, je vais t’aider à retrouver cette bête géante.» Elle disait avoir aperçu le félin aux énormes griffes près des ruines du Studio de Perry, mais qu’elle avait entendu qu’il se trouvait parfois au parc Balser. Il aurait été vu planant d’arbre en arbre. «Mon ami Vladimir a vu une ombre dans les arbres alors qu’il faisait du kayak sur la rivière à Simon. Je crois bien que ça pourrait être la même bête.»


© Raphaël Lemarier, 2021.


Félix descend le chemin du Lac-Écho, dépasse le Corridor aérobique et atteint le parc en quelques coups de pédale. Il montre sa passe à la guérite et entend un petit garçon impatient de passer. «Il a renversé les gens qui font du yoga sur planche sur le lac au parc Lummis. Il s’en venait par ici!» Sa mère tente de le calmer. «Si cet animal existe, tu ne peux pas t’en approcher, Calebese. On doit laisser les animaux sauvages tranquilles. C’est dangereux.» «Il faut trouver une façon de l’approcher pour le regarder.» L’enfant a des yeux énormes, qui laissent entrevoir un esprit bouillonnant en train de chercher une solution pour arriver à ses fins.

Félix perçoit le doute chez la mère et songe qu’on ne le croira probablement pas non plus, lui qu’on traite constamment de niaiseux. Il lui faudrait revenir avec un appareil photo, comme projetait de le faire cette femme, Merveille. Il décide de retourner chez lui afin d’emprunter celui de son père. Il croit de plus en plus à l’existence de l’animal et désire être le premier à réussir à le photographier. Quel exploit ce serait. Tout le monde voudrait voir sa photo!

Pendant ce temps, Elvis Gratton s’apprête à aller jouer au golf Balmoral, tout près de sa demeure devant laquelle trône une statue de zèbre. Les voisins se moquent tous un peu de l’excentrique au mauvais goût qui oublie toujours son casque de hockey lors des parties amicales, mais on l’aime bien parce qu’il fait rire et sourit toujours. Dans sa maladresse, Elvis renverse son étui et les bâtons font du bruit en tombant sur le plancher de ciment du garage. En même temps, il entend un vacarme qui provient de l’extérieur. Il est loin de se douter qu’un énorme félin a grimpé aux parois de sa maison et qu’il s’apprête à attaquer le zèbre. Le golfeur maladroit trébuche sur les bâtons éparpillés sur le sol et arrive trop tard. Il ne peut que constater que sa statue est brisée, les morceaux dispersés, et que de grandes traces de griffe traversent le gazon.

Le grand félin Dadaski, âgé de 36 ans depuis 100 ans, a vu l’arrivée des premiers trains de neige et leurs lots de touristes skieurs en 1927, les monte-pentes en 1931 et la dizaine de centres de ski alpin pousser comme des champignons dans le paysage montagneux. Il a réussi à passer inaperçu, fuyant les nombreux événements musicaux que les Morinheighters prennent plaisir à organiser, lui qui n’aime pas le bruit. Il s’est tenu loin des hôtels, du Bellevue, du Carriage House, du Rockliffe et du Commons Bar. Lui seul sait comment l’incendie du Studio a réellement été déclenché.

Le grand Dadaski s’est toujours caché, mais son ouïe fine lui a permis d’entendre des histoires d’exploits lointains. Il aurait aimé partir pour grimper le mont Everest, sans connaître le chemin pour y parvenir. Après cette journée mouvementée à s’approcher un peu trop des humains, à chasser un zèbre coriace qui fait du bruit et tombe en morceaux, il a décidé de retourner dans ses montagnes. Il sera dissimulé profondément dans la forêt lorsque se tiendra le Superfolk en août. Il a croisé un jeune cycliste à l’affût, appareil photo à la main, et s’est élancé de branche en branche sans se faire voir. On ne l’y prendra plus. Il entend bien demeurer mystérieux et se faire oublier pour 100 autres années minimum.


Dans le cadre de la Tournée des auteurs organisée par l’Association des auteurs des Laurentides en collaboration avec la MRC des Pays-d’en-Haut, Cynthia Lisa Dubé (Les célèbres anonymes) a créé cette histoire à partir des réponses données par les citoyens de Morin-Heights le samedi 24 juillet 2021. Le public devait décrire un personnage réel ou imaginaire, présent ou passé et parler de ce qu’il aime de sa municipalité. Un merci particulier à Raphaël Lemarier, qui a dessiné le personnage de Félix en quelques minutes le temps de répondre aux questions. Merci à tous les citoyens qui se sont prêtés au jeu, vous avez une imagination débridée et ce fut un plaisir de réunir vos personnages dans cette histoire!


© Mario Chabot, 2021



#tournéedesauteurs #auteursdeslaurentides #MorinHeights #MRCdespaysdenhaut #vélodemontagne #Dadaski

9 vues0 commentaire